Colloque « Inondations de la Somme – 10 ans après »
Intervention de M. Michel DELPUECH
Préfet de la région Picardie
Préfet de la Somme
Monsieur le Président du Conseil régional,
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,
La Somme connaissait, il y a dix 10 ans, des inondations exceptionnelles - par leur intensité, comme par la durée de l'événement :
- 1500 maisons inondées,
- 1100 personnes évacuées.
- Des dégâts matériels de l'ordre de 200 millions d'euros.
L'eau est présente partout dans notre département. C'est bien là, l'une de ses richesses : que l'on songe à la vallée de la Somme et à ses nombreux étangs, que l'on songe au littoral et à la magnifique baie de Somme labellisée Grand site de France, que l'on songe à la richesse des zones humides, comme celle des Bas-champs, ...
Ce fut un choc pour beaucoup, en 2001, de découvrir que cet élément, cette richesse, pouvait également devenir une source de risques pour les personnes et les biens.
Toutes celles et tous ceux qui ont connu cet épisode catastrophique ont été touchés, et pour longtemps, au plus profond d'eux mêmes. Il était du devoir des pouvoirs publics -Etat et Collectivités confondus- de se mobiliser pour en tirer les leçons et apporter les réponses que l'événement exigeait.
Et d'abord, pour agir efficacement, il fallait s'attaquer à la question de l'éparpillement des compétences et des initiatives. Et c'est ainsi qu'a été créé l'AMEVA.
En décembre 2002, au lendemain des inondations de la Somme, l'AMEVA est née en effet de la volonté conjointe de l'Etat et du Conseil général de la Somme de disposer d'un outil adapté aux enjeux : c'est à dire une structure à même d'assurer la cohérence et la coordination de l'ensemble des acteurs publics.
Outre l'Etat et les Conseils généraux de la Somme et de l'Aisne, ce sont aujourd'hui 30 EPCI, 12 associations syndicales de riverains et 56 communes qui sont rassemblés au sein de cet outil.
Aussi, permettez moi de saluer, Monsieur le Président (M. Lenglet), le travail accompli par le syndicat mixte que vous présidez avec tant de résolution.
Permettez-moi de saluer, l'initiative que vous avez prise avec l'organisation de ce colloque, qui se veut certes un retour sur les 10 ans passés, mais plus encore un acte de volonté pour l'avenir.
Permettez-moi de saluer aussi tous les partenaires, Département, Région, collectivités locales, acteurs économiques et sociaux, monde associatif, qui sont réunis ce matin.
Permettez-moi aussi de vous dire combien l'Etat se sent « de la famille »
Hier, aujourd'hui, demain, notre mobilisation a été, est, et sera totale et nous entendons bien être en première ligne sur les sujets que nous allons traiter.
Depuis le premier jour, en effet, l'Etat s'est mobilisé, et son action s'est poursuivie avec constance
pour rétablir et restaurer dans l'urgence,
pour prévenir et aménager dans la durée,
pour veiller à la cohérence des actions de tous.
1 - Rétablir et restaurer dans l'urgence, c'était le premier devoir.
En liaison étroite avec tous ses partenaires, au premier rang desquels les collectivités territoriales, l'Etat a très vite posé les bases d'une politique cohérente et concertée et mis en place les financements et les outils nécessaires à sa mise en œuvre.
- Un programme et des financements exceptionnels mis en place dès 2001
Dès le 9 juillet 2001, un comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire (CIADT) approuvait le programme exceptionnel « Vallée et Baie de Somme ». Le 8 mars 2002, une convention était signée entre l'Etat, le Conseil régional de Picardie, le Conseil général de la Somme, et l'Agence de l'eau Artois-Picardie, définissant le programme exceptionnel et fixant l'engagement financier de 125 millions d'euros de l'ensemble des partenaires (valeur 2001), 44 M€ étant apportés par l'Etat, 10 M€ par l'agence de l'eau et 14 M€ par l'Europe (FEDER).
Les trois quarts des moyens ont été consacrés aux conséquences immédiates de cette catastrophe dans la vallée de la Somme. La réparation des dommages a porté en priorité sur la remise en état de la Somme canalisée (renforcement des berges, réparation des barrages, curages ponctuels), sur la restauration des infrastructures routières départementales et communales, sur la réparation des équipements publics et sportifs non couverts par les assurances. Des études axées sur la prévention des risques ont été conduites et des actions d'accompagnement des filières économiques les plus touchées ont été menées.
C'est grâce à ce programme exceptionnel, que la 3ème passe de l'écluse de Saint-Valery-sur-Somme a été réalisée et financée pour un montant de 19 M€. Cet équipement améliore l'évacuation du débit de la Somme en période de crues vers la mer et augmente l'effet des chasses dans le port de Saint-Valery. Ceci permet d'abaisser le niveau de 20 à 50 cm sur l'agglomération d'Abbeville.
- Un programme d'actions de prévention des inondations approuvé dès 2003
En 2003, un programme d'actions de prévention des inondations du bassin versant de la Somme (PAPI) a été retenu et validé par le ministère de l'Ecologie et du Développement durable. Porté par votre syndicat mixte AMEVA, et signé le 5 juillet 2004, il est cofinancé par l'Etat, l'Europe, l'Agence de l'eau Artois Picardie, le conseil régional de Picardie et le conseil général de la Somme pour un montant de 3,3 M€ (1,4 M€ Etat - Agence de l'eau).
Le PAPI a mis en œuvre une approche intégrée de la prévention des inondations selon quatre axes : la communication et l'amélioration des connaissances ; la réduction de la vulnérabilité ; des études et des travaux visant à l'amélioration des dynamiques du fleuve et de ses affluents ; l'animation et la gestion du programme. 35 kilomètres de berges ont ainsi été restaurés depuis 2001, dont 12 kilomètres en technique végétale. Des repères de crue ont été posés et contribuent à garder la mémoire des inondations.
La PAPI a ainsi constitué une première étape, essentielle pour un programme d'action publique à long terme sur le bassin de la Somme visant un objectif de réduction progressive et durable des dommages aux personnes et aux biens.
2- Car prévenir et aménager dans la durée est notre deuxième défi.
L'Etat a mis en œuvre les outils et les moyens d'une politique globale de prévention agissant sur plusieurs niveaux et d'abord l'urbanisme. Mais nous avons voulu aussi, en liaison avec nos partenaires, jeter les bases d'un aménagement durable de la Somme.
- Maîtriser l'urbanisme est un premier impératif
La volonté de maîtriser l'urbanisation dans les zones susceptibles d'être inondées a conduit à la réalisation du plan de prévention des risques d'inondation de la vallée de la Somme et de ses affluents (PPRI). Approuvé par arrêté préfectoral du 1er décembre 2004, le PPRI porte sur 118 communes du bassin versant de la Somme.
En fonction du niveau de risque sur les zones concernées, il interdit ou autorise avec prescription les constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations sont interdits ou autorisés avec prescriptions. C'est une servitude d'utilité publique qui s'impose à tous. Malheureusement annulé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 10 décembre 2009 pour un détail de vice de procédure, le PPRI fera l'objet d'une nouvelle enquête publique qui s'ouvrira en janvier 2012, ce qui me permettra de l'approuver avant la fin du premier semestre 2012.
Pour autant, l'annulation n'a pas remis en cause les études qui identifient les zones exposées au risque naturel (zone d'aléas), ce qui permet, en attendant la fin de la procédure, de refuser les permis de construire pour les mêmes motifs que si le PPRI était applicable (application de l'article R 111-2 du code de l'urbanisme).
- Prévoir et anticiper les événements est un deuxième devoir de l'Etat
La prévision des inondations du fleuve Somme, sous la responsabilité de l'État, s'est développée pendant cette période avec la création des services de prévision des crues (SPC) en 2006. Le SPC du bassin Artois Picardie, situé à Lille, est chargé de l'annonce et de la prévision des crues de la Somme, de Bray-sur-Somme jusqu'à son embouchure.
L'information de la population sur les risques auxquels elle est exposée, sur les consignes à appliquer en cas d'événement est un élément primordial de la prévention. Inscrit dans le code de l'Environnement, ce devoir d'information se concrétise par l'élaboration, à l'initiative de l'Etat, d'un document descriptif et cartographique : le dossier départemental des risques majeurs (DDRM) . Ce document, qui identifie et analyse le risque inondation, a été approuvé le 7 mai 2009.
Pour permettre aux maires, en cas de survenance de catastrophe dans leurs communes de mettre en œuvre toutes les mesures permettant d'assister la population, l'Etat leur a prescrit l'élaboration de plans communaux de sauvegarde (PCS).
Pour la vallée de la Somme, 84 communes ont l'obligation d'établir un PCS, 38 d'entre elles l'ont déjà réalisé. Les autres sont en cours d'achèvement.
- Promouvoir un aménagement durable
Cependant l'on ne peut se satisfaire de ces seules approches d'urbanisme ou de sécurité civile. Les réponses de fond nécessitent un aménagement durable de la Vallée de la Somme.
Telle est bien la volonté de l'Etat qui s'est engagé dans le plan Somme, portant sur la période 2007-2013, doté de 15M€ destinés aux actions de lutte contre les inondations et de 18 millions d'euros dévolus à la gestion des bassins versants (contributions Etat - CR (CPER) - CG - Agence de l'eau et FEDER) ; 60 % des crédits ont d'ores et déjà été engagés, ce qui montre la bonne avancée des actions, qui concernent non seulement les cours d'eau et leurs débordements, mais aussi les zones humides et les écosystèmes associés aux vallées inondables, la continuité écologique des hydrosystèmes, la gestion des eaux pluviales, la gestion des sols sensibles à l'érosion et au ruissellement, etc.
3 - Veiller à la cohérence des actions de tous, tel est, en troisième lieu, le leitmotiv de l'action de l'Etat.
Les politiques de l'eau, dans toutes leurs dimensions, appellent une approche globale, et leur succès implique le travail commun de tous les acteurs.
- Une approche globale : protéger et valoriser
Le plan Somme traduit bien la méthode mise en oeuvre : efforts financiers, efforts de réflexion globale et cohérente, avec un pilotage dont la présidence est partagée ente l'Etat, le Conseil régional et le Conseil général, selon un principe d'une présidence alternée chaque année.
Pour ce qui est de la conduite opérationnelle des actions, la maîtrise d'ouvrage locale est privilégiée, au travers des ASA par exemple pour l'entretien des cours d'eau: l'ensemble des acteurs au plus près du terrain est ainsi partie prenante des actions et responsabilisé quant au travail à mener.
L'existence de deux volets - lutte contre les inondations et restauration écologique des milieux - constitue par ailleurs l'une des spécificités du plan Somme.
Cette approche est tout à fait précieuse, car elle place la lutte contre les inondations dans une démarche globale - il s'agit d'un réel atout.
Ainsi la réalisation des aménagements contre les inondations, ne se fera pas aux dépens d'un autre impératif qui est celui de la sauvegarde et de la restauration du bon état des eaux (directive cadre sur l'eau)
- Un travail sur la durée de l'ensemble des acteurs
Les plans précités ont donc ancré l'action partenariale des pouvoirs publics dans le long terme : la continuité, le travail dans la durée étant seuls à même de réduire - progressivement mais efficacement - les risques pour les personnes et les biens.
La création de l'AMEVA était la première expression de cette nécessité. La mise en œuvre des SAGE en est une autre illustration.
Car c'est ce même impératif de gestion globale, collective et pérenne qui anime l'élaboration des SAGE, outils de planification qui contribuent à l' aménagement durable des territoires.
Dans un premier temps - c'était en 2007- a été lancé le travail de préparation du SAGE Haute-Somme. Mais la cohérence voulait, bien sûr, que l'aval soit aussi concerné.
Et c'est ainsi que fin 2009, j'ai engagé la procédure de lancement du SAGE Somme aval et cours d'eau côtiers. Deux ans après, beaucoup de travail a été accompli, et je souhaite que ce SAGE entre maintenant dans une phase d'élaboration active.
A cette fin, je procéderai, le 16 janvier prochain, à l'installation de la commission locale de l'eau (la CLE) - le parlement de l'eau du territoire.
Les enjeux attachés à ce SAGE sont particulièrement importants - en termes de problématiques à traiter et en termes de superficie - je rappelle sur ce point que le SAGE Somme aval représente un territoire réparti sur 3 départements et concerne 558 communes.
Là encore, les résultats s'inscriront dans la durée, sur la base d'une approche collective de la planification à mettre en œuvre sur le territoire, et je remercie l'AMEVA pour son implication déterminée et efficace dans l'élaboration et le portage des SAGE.
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Mesdames, Messieurs, les inondations de 2001 sont les plus importantes connues à l'échelle de la mémoire humaine, et leurs dégâts, 20ème siècle oblige, ont été considérables.
Mais nous savons que d'autres inondations, plus anciennes, recensées depuis le XVIIème siècle, ont pu être tout aussi violentes.
Les phénomènes exceptionnels ne restent pas forcément uniques.
C'est pourquoi, il nous faut garder ce risque à l'esprit. Ne pas penser que de pareils événement ne peuvent pas se reproduire.
C'est pourquoi, aussi, il faut se donner les moyens de prendre en compte ce risque, au quotidien. Il faut s'y préparer et l'anticiper, en impliquant les habitants.
C'est pourquoi, nous devons apporter à nos concitoyens le cadre nécessaire à leur protection.
Nous le faisons pour la Vallée de la Somme. Mais ce n'est pas le seul risque, vous le savez. J'évoquerais simplement le risque de submersion marine, pour lequel nous avons -depuis la tempête Xynthia- ensemble, Etat et Collectivités, intensifié notre travail. Je rappellerai simplement que des études sont lancées, que des travaux de grande ampleur sont programmés - ils ont été examinés par la commission mixte inondations lors de sa première réunion le 12 juillet 2011 - et qu'enfin, de manière à prendre en compte la problématique, sur l'ensemble de la côte Picarde, sont en cours d'élaboration un programme d'action de prévention des inondations (PAPI) ainsi que plusieurs plans de prévention des risques, notamment le PPR Bas-Champs.
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Pour conclure, je veux saluer encore une fois le travail accompli depuis 10 ans, et la mobilisation de l'ensemble des partenaires.
Ce colloque doit être, c'est notre ambition à tous, l'occasion de maintenir la mobilisation et de l'encourager. En comprenant mieux les enchaînements, en dressant des bilans, en ouvrant de nouvelles pistes en travaillant pour l'avenir.
« Les peuples sans mémoire sont des peuples fragiles », a -t-on coutume de dire. Par votre présence nombreuse, par votre volontarisme affirmé, par votre détermination résolue, vous montrez que les habitants de ce département, si durement meurtri en 2001, sont animés par une force et une volonté exemplaires. Le fleuve Somme est votre chance, il est votre emblème, il est aussi votre nom. Ensemble, sachons le comprendre, sachons le respecter, sachons l'aménager pour que toujours, il soit signe de vie et de prospérité, et que jamais ne reviennent les images du drame que vous avez, si courageusement, surmonté.
Soyez assuré que l'Etat est sans réserve à vos côtés pour relever ce défi.
Je vous remercie.









